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EDITO


Une libellule rouge

« À un piment / ajoutez-lui des ailes / une libellule rouge » : ce haïku du poète japonais Bashō a traversé les siècles sans perdre de sa vélocité.

Un haïku se lit à voix haute en une seule respiration. Une visée spirituelle est au cœur de cette écriture poétique très codifiée à forte résonance symbolique. L’espace métaphorique dessine alors un corps en devenir, ferment d’un rouge désir comme l’évoque ce piment en suspension. Le piment, valeur chaude, qui réchauffe à la fois le cœur et l’esprit. Dans ce haïku, certains devineraient les ailes du transport amoureux, quand d’autres pourraient percevoir les ailes de la victoire.

Car, gravée sur les armes des samouraïs, la libellule symbolise le courage. En effet, l’insecte vole et ne recule jamais. Elle est la seule espèce à faire face, tout en reculant, lorsque la situation lui impose de ne plus avancer. Le saviez-vous ? Le Japon est aussi appelé l’île de la libellule.

Renouer le lien primordial avec la nature, cultiver la simplicité, faire vibrer le présent… André Breton était fasciné par la puissance évocatrice de celui qui, au XVIIe siècle, a révolutionné la littérature au Japon. L’inventeur des haïkus a osé rompre avec les formes traditionnelles de la poésie collective. En usant des contrastes, opposés juxtaposés, à partir d’images simples, il est parvenu à créer des textes d’où jaillit l’émotion. L’ art de la surprise par quelques syllabes dans un certain ordre assemblées. « Ta langue / le poisson rouge dans le bocal / de ta voix » est un tercet souvent cité par l’artiste surréaliste comme un exemple du génie poétique de Bashō.

Cette maîtrise du « déclic analogique » a inspiré au pionnier du surréalisme la mécanique de l’écriture automatique. La métaphore, véhicule de la pensée analogique, est pour lui la clé de l’imagination, l’ouverture à de nouvelles formes de création. « Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée », écrit André Breton dans le Manifeste du surréalisme en 1924. De là est né le principe créateur de l’écart absolu. C’est l’apologie du changement de point de vue.

Un haïku est éminemment esthétique. Le piment merveilleux / fend l’air / rougeoyant de bonheur. Rien de plus que la saisie éphémère d’un instant : prêt à être oublié, à jamais inoubliable. Car le haïku échappe à la finalité ordinaire de la littérature : il ne laisse pas de trace derrière lui et, comme l’a tout de suite compris Roland Barthes, « le haïku s’enroule sur lui-même, le sillage du signe qui semble avoir été tracé s’efface : rien n’a été acquis, la pierre du mot a été jetée pour rien : ni vagues ni coulée de sens ».

La trace d’un vol, celui d’une libellule rouge.

 

Alexia Guggémos

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